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Ilse Frech « I Am – Paradox Identity »

In Festival, Photographie on 12 mai 2010 at 7 h 21 min

Ilse Frech et sa série de photographie "I am. Identités Pluri-Elles exposée au Carré Saint Anne

Ilse Frech et sa série de photographie "I am. Identités Pluri-Elles exposée au Carré Saint Anne

Née en 1972 à Amsterdam, Ilse Frech est une photographe des plus accomplies. Elle a travaillé sur divers projets tels que des documentaires ou des portraits. Elle a reçu  le prix de Zilveren Camera et PAN L aux Pays-Bas, a été sélectionnée en 2003 pour le Master class de Joop swart pour le World Press Photo et a été nominée par Charlotte Cotton, conservateur du LACMA de Los Angeles pour le ICP Infinity award. Le Journal de la Comédie a eu le plaisir de pouvoir l’interviewer pour vous.

En quelques mots, pouvez vous nous dire qui est Ilse Frech?

J’aimerais me définir comme quelqu’un qui a un réel intérêt pour d’autres cultures, d’autres peuples. Si je peux entrer profondément dans le « contexte » de quelqu’un, disons dans la psychologie de la personne, j’essaierai de l’intégrer dans le travail artistique que je crée à son sujet.

Quel effet cela vous fait-il d’être l’invitée d’honneur aux Boutographies 2010 à « la Carte Blanche pour Grain d’Image » pour votre travail « I Am. Identités pluri-elles », série de photographies de jeunes femmes de culture musulmane, vivant dans les banlieues parisiennes?

C’est pour moi un véritable honneur. Et pour les femmes que j’ai photographié aussi, j’en suis certaine.

Je suis très heureuse d’avoir l’opportunité de montrer ce travail dans un cadre où la photographie joue un rôle d’intermédiaire en racontant l’histoire de la vie d’autres personnes, ce qui a une grande importance pour moi, notamment du fait que le projet sur lequel j’ai travaillé avec les jeunes femmes des banlieues parisiennes a pris beaucoup de temps, surtout pour gagner leur confiance et arriver à un échange vrai et à une réelle tolérance. Nous avons dû tout d’abord apprendre à nous connaître et à nous faire totalement confiance pour que je puisse traduire en images et en mots (par entretiens avec les femmes) leur personnalité et leur caractère.

J’aimerais remercier l’équipe des Boutographies de m’avoir donné l’opportunité de présenter « I Am. Identités pluri-elles»  au public français et de me choisir comme invitée d’honneur. Cela signifie que nous avons la même perception de la responsabilité en tant que témoin de la vie, et que nous comprenons quel est le message à transmettre au grand public. Il est important que les voix de ces femmes soient entendues ailleurs que chez elles et que l’image qu’elles projettent soit aussi diversifiée que possible.

Vos photos sont très intimes et méticuleuses, d’où vous est venue l’idée de faire ce reportage?

L’inspiration m’est venue pendant la Journée de la Femme à Paris, le 8 mars 2003.

Je suis moi-même hollandaise, d’une mère macédonienne et d’un père hollandais et j’ai  appris ce jour-là, qu’en France, il y avait de nombreuses polémiques sur la parité, notamment en ce qui concerne les femmes – de toutes cultures – vivant en banlieues. J’ai plongé dans le sujet et en faisant mes recherches, j’ai appris que les médias français et internationaux avaient un regard négatif sur  les femmes d’origine musulmane des banlieues parisiennes, tout comme sur la société musulmane dans son ensemble. Je me suis rendue compte qu’il existait une stigmatisation et une discrimination envers elles, ce qui a soulevé en moi un grand nombre de questions. En 2003, j’ai été sélectionnée pour étudier dans  la World Press Photo Masterclass et ai séjourné à Paris pendant deux mois pour travailler ce thème pour mon mémoire. J’y suis retournée en Avril 2005 pour développer le sujet à travers un projet multimédia et photographique complet. En plus de les photographier, j’ai interviewé des femmes que j’ai rencontré et ai produit un film appelé « I Am. My Islam. My France » (« Je suis. Mon Islam. Ma France ») (52 minutes).

Pouvez-vous nous raconter les différentes étapes de ce reportage photo?

Comme j’avais déjà séjourné en France en 2003, je savais que je devais prendre contact avec les mairies, mais que je devais surtout demander soit au Maire de la commune, soit aux responsables des jeunes des quartiers de certaines cités ou secteurs.

J’ai tout d’abord fait mon choix sur les banlieues-cités où je voulais travailler, et je me suis ensuite rendue aux MJC de ces quartiers. J’ai expliqué mon travail aux éducateurs ou éducatrices et leur ai demandé de faire pour moi une sélection de jeunes femmes qu’ils connaissaient. J’ai alors rencontré quelques femmes jusqu’à quatre reprises. Nous avons bavardé et je leur ai montré le travail que j’avais fait en 2003. Certaines ont voulu participer alors que d’autres ne le souhaitaient pas ou ne pouvaient tout simplement pas. J’ai aussi rencontré des amis et des membres de la famille de certaines jeunes femmes avec lesquelles je travaillais déjà, et il m’est aussi arrivé de tout simplement demander à une femme assise à côté de moi dans le bus si elle serait intéressée par le projet.

J’ai donc utilisé plusieurs manières de rencontrer des femmes différentes. J’ai ainsi travaillé dans toutes les banlieues du Nord au Sud de Paris tout comme à l’Ouest et à l’Est.

Quels messages voulez-vous transmettre à travers ces photos?

Tout d’abord, j’étais intéressée de voir comment nous nous percevons les uns les autres – et à travers la photographie, je pouvais dépasser cette problématique.

Le message le plus important serait de regarder une personne tout d’abord en tant qu’être humain, avant de lui coller une étiquette juste parce que, dans ce cas particulier, cette personne est de culture musulmane. On ne peut pas « définir » une femme musulmane.

Quelle image a-t-elle d’elle-même et cette image a-t-elle un impact sur la manière dont elle se présente au monde extérieur ?

Comment je la vois et quel est son effet sur moi personnellement ?

A travers une image, peut-on manipuler la perception de l’autre ?… en référence aux images exposées dans les médias et à la télévision.

Ce que nous percevons correspond-il à 100% à la réalité ou percevons-nous simplement un petit pourcentage de cette même réalité ? Notre perception des autres peut-elle devenir multiple, plus diverse et cependant, grâce à l’image, mettre en perspective le contexte et la réalité d’aujourd’hui ?

Ce sont les questions que je me suis posées durant le projet. J’ai essayé de comprendre ce qu’étaient vraiment ces femmes. Et je pense que les personnes qui regardent les images et lisent les mots sortant de leurs bouches, seront amenées à comprendre que d’autres perçoivent le problème de manière différente, et à ressentir à quel niveau ces images et le projet dans son ensemble, les interpellent.

Qu’est-ce qui fait selon vous qu’une photo est unique?

C’est l’alchimie parfaite entre celui qui est photographié et celui qui crée l’environnement spécifique au portrait qui la rend, pour ainsi dire, “unique”.

Pour parler technique, préférez-vous travailler en argentique ou numérique, et pourquoi?

Je travaille en argentique comme je l’ai fait pour le projet « I Am. Identités pluri-elles », mais j’utilise aussi le numérique pour des commandes spécifiques.

Quel conseil donneriez-vous à un débutant?

Je pense que le conseil le plus important est de suivre son intuition et son coeur. Il faut aussi de la persévérance, de l’obstination même, jusqu’à une certaine limite, ainsi que des qualités relationnelles.

C’est déjà un bon début, à part l’appareil photo, le reste suivra.

Pour conclure, quels sont vos projets pour l’avenir?

Actuellement je travaille au Curaçao et au Bonaire sur une commande intitulée « Document Nederland », pour le Dutch Rijksmuseum et NRC Handelsblad, dont le thème cette année est les Antilles hollandaises.

Une fois que l’exposition en septembre de cette année sera terminée, je commencerai une seconde monographie d’un de mes projets sur lequel j’ai travaillé en Russie (2005-2007) appelé « Nika. Russia Love ». J’ai aussi plusieurs autres projets démarrant après septembre, dont l’un sera une trilogie sur les femmes et la société. Donc, je vais à nouveau me concentrer sur les femmes.

Nous remercions Ilse Frech pour son amabilité. Vous pouvez retrouver son travail à l’exposition qui lui est consacrée au Carré Saint Anne sur les jeunes femmes issues de l’immigration et sur son site web http://www.ilsefrech.com

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