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Festival « Jazz à Junas » du 17 au 24 juillet – Rencontre avec Sébastien Cabrié, directeur de projet

In Art, concert, Festival, jazz, Musique, Spectacle, Uncategorized on 18 juillet 2010 at 18 h 57 min

Carriéres "JAZZ A JUNAS" by Antoine Darnaud BD

Pouvez-vous vous présenter, ainsi que l’association ?

Je suis Sébastien Cabrié, directeur de projet pour Jazz à Junas.

On a la chance d’être deux employés à temps plein dans cette association, qui est née en 1994 avec un premier festival où il n’y avait que des bénévoles. En 1998, on a eu la nécessité d’avoir un premier emploi jeune, ce qui a donné une assise à la structure et surtout un élan pour essayer d’avancer un peu plus et de développer l’affaire. Le festival était sur deux soirées au départ, et là il est sur cinq cette année, on était au départ sur des jauges à trois ou quatre cent personnes maximum et maintenant on en est à mille deux cent.

Ensuite une nouvelle saison est née en 2001, qui au départ s’appelait « Les quatre saisons », il y avait quatre concerts, et s’appelle depuis « Vagabond’Jazz ». Avec les interventions en milieux scolaires –  lycées, collèges, écoles – plus les concerts habituels, on est à une quarantaine de concerts par an, donc ça s’est beaucoup développé ! (rires). Donc c’est vrai qu’on a la nécessité d’avoir deux temps pleins : moi je suis arrivé il y a sept ans, Sophie il y a deux ans. On a cette assise-là et bien sûr il faut qu’on ait autour de nous des bénévoles, sinon on y arriverait pas !

Pour revenir à l’origine de l’association, ça a été crée par un groupe de jeunes étudiants – ils avaient vingt ans  à l’époque – qui voulaient faire dans les carrières de la musique jazz.  Ils se sont dit « pourquoi pas », c’était un pari, c’était pas du tout pour faire dix-sept ans ! La première thématique était  « le Languedoc Roussillon rencontre la Lituanie », et ça a marché, ça a été super original, et maintenant le festival a dix-sept ans… C’est la première fois en dix-sept ans que le choix du thème quitte le sol Européen cette année pour aller vers New York, puisqu’on s’était refusé jusque-là de sortir du sol Européen, mais on a évolué aussi, et on a pensé de temps en temps faire des ouvertures au-delà de l’Europe. Comme on nous a souvent dit qu’on avait très peu d’artistes Américains, et pour cause, là du coup on en aura beaucoup cette année (rires).

Les festivals de ce type ayant en général lieu dans de grandes villes, pourquoi avoir choisi Junas, en milieu plutôt rural ?

L’histoire c’est que sur ces quatre jeunes , trois habitaient Junas, et donc ils voulaient faire quelque chose dans leur village. Comme les fêtes votives. L’idée était d’animer avec quelque chose d’un peu plus culturel, ou en tous cas de différent des taureaux habituels. Et à Junas, on a la chance d’avoir un lieu vraiment magnifique que sont les carrières donc il n’y a pas eu besoin d’aller chercher ailleurs. C’est certain que pour les financements ça aurait été bien d’être dans une grande ville, mais on y est arrivé même en étant ici. On n’est pas un festival à quarante mille personnes, on ne peut pas de toute façon, mais on a atteint une notoriété importante maintenant, et surtout un public qui revient chaque année pour découvrir des artistes puisqu’on s’est positionné sur un créneau où on ne court pas après la star et la tête d’affiche, on a mille, mille deux cent personnes en jauge maxi sur les sites,  mais si on fait quatre cent et bien on fait quatre cent. C’est-à-dire qu’on n’a aucune pression pour remplir parce qu’on n’est pas municipal, on n’est pas politisé. On a des soutiens des collectivités, heureusement, et c’est grâce à elles qu’on peut prendre ces risques-là, on espère qu’on pourra prendre ces risques encore longtemps. C’est un festival où on peut découvrir des musiciens, c’est notre grande originalité, la découverte des musiciens. De temps en temps depuis quelques années, il y a des personnes connues quand même, notamment cette année avec New York, mais c’est pas la priorité. Il y a des festival où on a une personne connue, et encore dans le jazz c’est relatif, et après ce ne sont que des groupes à découvrir, et on a autant de monde sur la tête d’affiche que sur ces groupes. La force du festival c’est ça. Et tant qu’on tient comme ça ce sera très bien ! (rires)

L’association ce n’est  pas que le festival dans les carrières de Junas, c’est aussi tout au long de l’année, notamment auprès de publics scolaires ?

En termes de répartitions la saison a beaucoup évolué, mais on est sur un budget de deux tiers festival et un tiers saison. On intervient dans toutes les écoles des villages où on produit des concerts, puisqu’on est itinérants, on n’a pas de lieu, les carrières on ne s’en sert que l’été. On a maintenant aussi un deuxième festival dans l’Hérault, qui est moins gros, avec la première édition cette année au Vigan sur un week-end du mois d’avril, sous chapiteau, qui s’appelle « Jazz au Vigan ». Ca a vraiment marché ! Donc notre saison fait environ un concert tous les mois, même si au mois d’avril on en a trois avec le festival du Vigan.

On a en plus de ça des actions dans les collèges, actuellement sur deux dans le Gard et trois dans l’Hérault. Il s’agit d’ateliers en dix séances, montés par des artistes professionnels et relayés par le professeur de musique sur place. A la fin de l’année scolaire, il y a le concert de l’atelier et le concert des professionnels dans le collège, c’est vraiment génial à chaque fois. On est aussi intervenu dans six à huit lycées, selon les années, dans le Gard et dans l’Hérault. Ca s’inscrit dans le « Languedoc Lycéen Tour » qui est porté par la région évidemment. Ca fait quatre ans maintenant qu’on est dans ce projet-là avec la région, et l’idée essentielle pour nous est qu’il y ait un concert de professionnels dans chaque lycée, des conférences avec les artistes, des débats, des ateliers sur trois interventions d’artistes auprès des lycéens. On devrait arriver à quelque chose de cohérent, c’est en constante évolution et ça a pris son envol il y a quatre ans puisque le rectorat, même si il ne nous finance pas, nous a « labellisé »  un service éducatif au sein de l’association, ce qui nous permet d’avoir un professeur de musique du collège de Clarensac qui a des heures supplémentaires à faire chez nous pour développer tous ces projets, que ce soit en collège, lycée, ou école primaire.

Donc c’est pour ça qu’on a deux emplois (temps plein), et à l’année 40 à 50 bénévoles qui suivent nos réunions. Des gens de Junas, Montpellier, Nîmes, et on se rend compte depuis quelques années qu’il y a beaucoup de décisions à prendre, puisqu’on est demandés, par exemple par le Vigan, ce sont eux qui nous ont contactés. L’association a gardé son noyau dur d’il y a dix sept ans, personne ne s’est lassé. On a chaque année de nouvelles idées, de nouveaux partenariats, on ne voit pas le temps passer et ça donne envie de continuer ! (rires)

On va arriver à cent cinquante adhérents cette année, et donc sur le festival, sur les cinq jours où on a besoin de bras on a à peu près cent personnes qui viennent nous aider. Même des gens de Paris, qui prennent leurs congés spécialement pour venir nous aider pour le Jazz à Junas.

Pouvez-vous partager avec nous certains des meilleurs souvenirs des dix-sept années passées ?

Il y en a beaucoup parce que chacun a les siens ! (rires). Les bénévoles qui ne vont faire que du transport par exemple, et qui auront des relations particulières avec les artistes, on a des commissions qui ne vont faire que les repas, qui auront moins de rapports avec les artistes mais d’autres rapports avec les invités, les journalistes, etc. Donc chacun a des anecdotes ! On écrit des livres d’or, il y en a dix ou quinze, quasiment un par festival, où chacun raconte ses histoires et ses impressions.

Pour ma part c’était pour mon premier festival en 2004, c’est pour ça que ça m’a marqué aussi. On a reçu deux accordéonistes, un français et un autrichien qui était aveugle. C’était une programmation vraiment à risques dans le sens où on savait qu’on ne ferait pas grand monde, mais on voulait quand même vraiment les faire découvrir. Il devait y avoir trois cent personnes dans les carrières, il n’y a eu qu’un seul morceau, une conversation entre les deux accordéonistes qui ne s’étaient pas revus depuis six mois… Les gens n’ont pas applaudi puisqu’ils n’ont pas arrêté de jouer, et quand ils ont fini,  les musiciens pleuraient, le public pleurait, les applaudissements ne s’arrêtaient plus… C’était un truc de fou. On nous en a parlé toute l’année… ! C’est vraiment ça qu’on essaie d’avoir. Ce n’est pas tous les soirs, mais il y a des moments comme ça où il y a de l’émotion, où le rapport public/artiste est vraiment très proche et il peut se produire des choses comme ça.

Quand l’accordéoniste est arrivé ce jour-là pour les balances dans les carrières, en plein après-midi, 35 degrés à l’ombre, il m’a remercié de l’avoir programmé. Le lieu l’a estomaqué. Et le concert du soir a été énorme.

C’est arrivé aussi en 2008, pour le concert final de « Sonos E’Memoria » avec Paolo Fresu – écran géant et douze musiciens sur scène, c’était un très gros plateau pour nous. Là déjà le thème est mélancolique, ça raconte la Sardaigne dans les années trente-quarante, avec des histoires paysannes évidemment. Pareil, les gens pleuraient et en demandaient encore alors qu’il étaient tous en larmes. Il se passe quelque chose de particulier avec les musiciens, d’où le fait que beaucoup nous demandent de rejouer aux carrières, ils veulent revenir.

Il y a pas mal d’années on a eu Tete Montoliu, un artiste de légende qui n’est plus là aujourd’hui, c’était un de ses derniers concerts, on a eu la chance de le recevoir. Même si on ne court pas après les têtes d’affiche, on a quand même eu des musiciens importants. Comme Toots Thielemans, l’harmoniciste belge, ce sont de grands Messieurs donc on est très heureux. Ce sont des personnes qui choisissent leurs festivals et ils sont venus chez nous parce qu’ils avaient réellement envie d’y jouer. On est assez fiers de ça. L’année dernière on a eu Archie Shepp, on ne pensait jamais pouvoir l’avoir au festival, et finalement on a pu obtenir sa venue. C’est le lieu qui fait ça aussi.

On a la chance d’avoir tous ces concerts sur disques, pour les archives, donc quand on a un moment de mélancolie on se passe un disque ! (rires).

Al Di Meola - Jazz à Junas

Pour terminer, avons-nous le droit d’en savoir un peu plus sur les thèmes prévus pour les années qui viennent ?

Pour les années qui viennent ? Déjà on va arriver aux vingt ans dans peu de temps, donc on va voir ce qu’on décide… Pour les dix ans on avait fait sans thématique, c’était vraiment les artistes « amis » avec lesquels on avait crée des liens forts qui sont revenus, donc on avait toutes les nationalités Européennes de représentées ; par rapport à ça on va voir ce qu’on fait pour les vingt ans.

Ce qui est sûr c’est qu’on va revenir en Europe, mais les débats sont toujours ouverts dans l’association, de savoir vers quel pays on se dirige pour thème… Ca se décide après le festival en cours. On a des idées, mais comme chaque année elles sont proposées à l’équipe bénévole en septembre, pour pouvoir décider d’un pays en fonction de ce qu’a donné le festival qui vient de se terminer. Selon la couleur et les rythmes du dernier, on se dirigera vers un pays ou un autre.

Donc on a nos idées, mais qu’on n’exposera pas maintenant ! Il faut laisser la surprise ! (rires).

Propos recueillis par Alexia Lynch.

Nous tenons à remercier Sébastien Cabrié pour sa participation et son temps. Pour retrouver la programmation du festival, ainsi que l’actualité de la saison de Jazz à Junas, rendez-vous sur http://www.jazzajunas.asso.fr/

Dave Liebman - Jazz à Junas

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